L’accouchement à domicile

Réflexions pêle-mêle

Accoucher à la maison ? J’hésite encore un peu, car mon premier accouchement, avec accoucheuse uniquement, mais en clinique, s’est vraiment bien passé. J’ai peur de regretter les gentillesses des infirmières, le confort, les visites à l’hopital.

D’un autre côté, je ne veux pas que la naissance de notre second soit vécue comme une coupure par mon mari et notre aîné. J’aime l’idée d’harmonie qui entoure une naissance à la maison. J’aime cette totale liberté que cela nous laisse, pour choisir le lieux, le moment, l’ambiance… C’est peut-être un défi aussi… J’ai un peu peur des aspects pratiques, toutefois.

Ne se sent-on pas un peu seule, après la naissance ? C’est quand même gai de voir les autres Mamans, en maternité, et de se dire que son bébé est “quand même de loin le plus beau (!)”… Ne se laisse-t-on pas prendre du temps par les tâches ménagères, au lieu de se consacrer pleinement à son petit ? En Belgique, rien n’est prévu pour aider les Mamans qui accouchent à domicile dans leur ménage.

Malheureusement, à l’échographie, vers 6 mois, on a diagnostiqué un retard de croissance du bébé, un mauvais fonctionnement du placenta et de ma circulation sanguine… Avec tout ça, je risque de ne pas pouvoir accoucher à la maison. A moins que… On verra bien. Mais, de toutes façons, si j’accouche en clinique, ce sera uniquement avec notre sage-femme, sans médecin, sauf en cas de besoin.

La sécurité

Accoucher à domicile ??? Pourquoi “prendre des risques”, alors que les hôpitaux sont proches, nombreux, et que tout y est prévu pour que les accouchements se passent dans des conditions maximales de sécurité, pour la mère et pour l’enfant ? Pourquoi vouloir refuser à tout prix les bienfaits de la médecine ?

En Hollande, où les accouchements à domicile sont très répandus, les statistiques de santé des Mamans et des nouveaux-nés sont parmi les meilleures aux monde.

Lors d’un accouchement à domicile, la sécurité fait l’objet de toutes les préoccupations, en particulier dans les dernières semaines de grossesse, lors de la préparation avec la sage-femme. Pas question, en effet, d’accoucher à domicile si le moindre soupçon existe que la naissance ne se déroulera pas parfaitement. Les cas d’exclusion sont, par exemple, un accouchement prématuré, un bébé en siège, un placenta praevia, des problèmes de santé de la Maman, etc.

Les sages-femmes qui pratiquent l’accouchement à domicile sont extrêmement compétentes, et elles bénéficient d’une longue expérience préalable en salle d’accouchement. De plus, j’ai le sentiment qu’avec les sages-femmes, les accouchements sont bien plus sûrs, car elles ANTICIPENT tout ce qui pourrait arriver. Elles utilisent leur sixième sens, contrairement aux médecins qui sont tout sauf proactifs… Ben oui, ils ont tout sous la main pour agir en urgence, alors ils ne doivent pas développer ce sens aigu pour détecter tout ce qui pourrait faire que ça tourne mal. Aucune sage-femme ne peut se permettre le moindre risque, et je me sens 1000x plus en sécurité entre leurs mains. Au moins, elles, elles nous regardent, elles n’ont pas le nez sur un monito ou un résultat d’analyse !

La sécurité, pour moi, signifie aussi l’intégrité de mon corps et le respect de ce que la Nature a décidé. Pas question, en effet, de provoquer la naissance, de presser la Maman d’accoucher plus vite (ou d’attendre le médecin !), d’utiliser ventouses ou forceps, de pratiquer l’épisiotomie systématique, de séparer le bébé de sa mère, etc. A la maison, en compagnie de la sage-femme, toutes les garanties sont là pour que la naissance se fasse le plus naturellement et le plus harmonieusement possible.

Et en cas de “problème” ??? C’est l’objection que j’entends le plus fréquemment. Pourtant, les problèmes sont rares au moment précis de l’accouchement, si toutes les précautions préalables ont été prises. La sage-femme possède un matériel médical qui lui permet d’intervenir en cas d’hémorragie, pour ranimer le bébé, etc. N’oublions pas qu’elle a une sérieuse formation en la matière. Et si elle devait faire face à un problème sérieux, il ne faut que 15 minutes pour atteindre l’hopital. Combien de temps faut-il à un médecin de garde pour arriver en salle d’accouchement ?

Pour que la vie de la famille continue

Quand on a déjà un ou des enfant(s), on doit vivre assez mal la coupure qui se produit quand la Maman accouche et séjourne plusieurs jours à l’hopital. Le Papa a déjà pas mal de responsabilités avec l’ainé (les aînés), et cela lui laisse peu de temps pour partager avec son épouse les premiers moments de la vie de son petit. A la maison, chacun est plus disponible; l’ainé continue sa vie normale, va à la crèche, retrouve ses jeux le soir, et son petit frère est là, tout naturellement. Ce n’est pas celui “qui lui a pris sa Maman” et “qui débarque tout à coup”, dans l’effervescence d’un retour de maternité.

Faut-il que l’ainé assiste à l’accouchement ? Personnellement, je suis assez pudique et je considère que c’est un moment très intime, à réserver au Papa et à l’accoucheuse. Pas question toutefois de “caser” notre aîné ailleurs ce jour-là. Mais peut-être le confier à la surveillance de quelqu’un, dans la maison. Il saura ce qui se passe et sera à nos côtés pendant le travail, s’il en a envie. Il parait qu’au moment de la naissance, les enfants qui sont dans la maison “sentent” qu’ils doivent se retirer, ou alors ils s’endorment ! On verra bien…

Aspects économiques

D’un point de vue purement économique, il est étonnant que l’accouchement à domicile ne soit pas plus répandu, car il représenterait une économie colossale pour les mutuelles et les assurances. En Belgique, l’INAMI rembourse à 100% les prestations de l’accoucheuse (suivi du travail, accouchement à domicile, suivi post-partum), et cela, c’est vraiment très bien. Par contre, si elle rembourse les soins et l’assistance donnés lors du séjour à l’hôpital qui suit l’accouchement (repas, puéricultrices, etc.), il n’en n’est rien si cette assistance est donnée à domicile.

En Hollande, une “nurse” vient gratuitement à domicile tenir compagnie à la Maman, s’occuper de la toilette du bébé, et même faire un peu de ménage (quelques repas les premiers jours, une ou deux lessives, …). Cela s’appelle le “kraamzorg”. En Belgique, rien n’est prévu. La (future) Maman qui cherche à organiser cette assistance à domicile (payante, donc) doit d’abord se frayer un chemin entre la Croix Jaune et Blanche, les CPAS, les intercommunales, etc. Ensuite, malgré les bonnes volontés, ces services d’aide aux malades et aux familles sont chroniquement débordés, et en sous-effectif. Rien ne garantit donc que la Maman pourra recevoir de l’aide au moment de la naissance. “Rappelez une quinzaine de jours avant la naissance, on vous dira si on a des disponibilités”. Il vaut mieux compter sur la famille, les voisins, les amis, pour donner “un petit coup de main” dans le ménage.

En outre, mon assurance “frais médicaux” couvrait toutes les dépenses non-remboursées par ma mutuelle, lors de mon premier accouchement, ainsi que tous les frais s’y rapportant un mois avant et trois mois après… Dans le cas de l’accouchement à domicile, elle refuse catégoriquement d’effectuer le moindre remboursement “car je ne passe pas au moins une nuit à l’hopital” ! J’ai eu beau leur expliquer que cela leur reviendrait beaucoup plus cher, “le règlement, c’est le règlement”.

L’accouchement à domicile en pratique

Finalement, c’est très simple. Nous devons prévoir un grand plastic de protection et un chauffage d’appoint. Pour le reste, il n’y a aucune obligation. On peut accoucher où l’on veut, même au dernier moment (sauf dans la baignoire !). Dans un lit, sur une table, dans les bras de son mari… Toutes les positions sont permises, tout comme pendant le travail, évidemment.

La sage-femme que nous avons rencontrée a cru bon de nous préciser qu’elle “ne rasait pas les femmes, ne pratiquait pas d’épisiotomie systématique, ne faisait pas de lavements, n’empêchait pas la mère de manger pendant le travail,…”. Quelle horreur ! Tous ces scénarios ne m’étaient jamais venus à l’esprit, car rien de tel ne nous était arrivé lors de mon premier accouchement. Je crois que j’ai eu beaucoup de chance…

Le travail à domicile nous est déjà familier. Lors de mon premier accouchement, il fut très long : près de 18 heures. Passées au coin d’un feu de bois, avec notre sage-femme… J’en garde un merveilleux souvenir.

En cas de problème lors de l’accouchement ou juste après, l’accoucheuse amène le matériel nécessaire à une intervention rapide (pour aspirer le bébé, le réchauffer, faire une épisiotomie, une perfusion à la Maman, etc.). On espère que tout cela restera dans sa voiture !

Les maisons de naissance

Au Québec, cette solution intermédiaire entre l’accouchement en maternité et l’accouchement à domicile est plus répandue qu’en Belgique et en France. Les maisons de naissance sont tenues par des sages-femmes. Elles offrent une ambiance chaleureuse, un accueil pour les Mamans et leur famille, pendant et après l’accouchement. Ce dernier se déroulera le plus naturellement possible, avec l’assistance des accoucheuses, et dans le respect des souhaits de la Maman. Les jours qui suivent l’accouchement, la Maman pourra séjourner dans la maison de naissance, où l’on s’occupera d’elle et de son bébé.

En cas de nécessité, les Maisons de naissance ont un accès direct aux services obstétricaux, pédiatriques et néonatals d’un hôpital ou d’une clinique. Comme pour un accouchement à domicile, un suivi médical de la grossesse par les sages-femmes permet de garantir un accouchement dans les meilleures conditions de sécurité.

L’objectif étant, encore une fois, de ne pas limiter la merveilleuse expérience d’un accouchement à un événement médicalisé, et de laisser la place pour l’affectif, la famille, l’attachement. Bref, laisser faire la Nature, en lui faisant fondamentalement confiance.

Le témoignage de Zoé nouveau.gif (144 octets)

J’ai accouché un dimanche. Détail qui a pris de l’importance quand – zut!- on s’est rendu compte que j’aurai besoin du matériel de location, à savoir l’oxygène et l’aspi, plus tôt que prévu. Bien sûr, l’entreprise avait un numéro d’urgence, mais je suis tombée sur un répondeur, et on ne m’a rappelée que le soir… Bref, j’ai eu mon matériel à temps ! Et ma sage-femme aussi ! Alors qu’elle était parti en week-end à plus de 400 km de la maison… Je l’ai appelée, et elle a écourté son week-end…

En fait, je me suis réveillée avec des contractions annonciatrices de la suite… à savoir la naissance de notre deuxième petite fille. ( Elle est née avant 23 h). Il faisait un temps superbe, et le travail s’est déroulé sous le soleil, dans notre environnement, à la maison. L’ainée (30 mois) a rapidement compris ce qui se passait et s’est montrée très patiente. Sa grand-mère qui était venue pour le week-end, a canalisé son attention et s’est occupée d’elle.

Mon mari était donc tout à moi ! Mais l’expérience de mon premier accouchement lui ayant servi, il m’a laissée seule avec mes contractions et ma douleur, n’intervenant qu’à bon escient, et me montrant de temps à autre qu’il était là et que je pouvais compter sur lui. C’était parfait.

Quand est arrivé le moment où il a fallu décider entre rester à la maison ou partir à la maternité, Ma sage-femme nous a demandé ce qu’on faisait… Cette question, elle nous l’a posée parce que le matériel était arrivé, parce que l’accouchement avait l’air de se passer sans problème et parce que les liens d’amitié qui nous unissent étaient assez forts pour prendre ce risque. Le risque de pratiquer un accouchement à la maison alors qu’elle n’a plus d’assurance (comme toutes les sage-femmes françaises). Le risque de nous faire plaisir, et de se faire plaisir. Bien sûr, cette question était inutile pour nous. Nous avions fait le choix de rester à la maison depuis bien longtemps, sans ignorer les risques que nous prenions, et souhaitions plus que tout que cela se réalise selon notre voeux.

Et notre petit SOLEIL est arrivé (après quelques efforts !). Je l’ai mise au sein aussitôt. Et son Papa est allé chercher sa grande soeur. Elle était heureuse et curieuse de découvrir ce petit bébé que nous attendions depuis si longtemps. Naturellement elle l’a embrassée, cajolée et câlinée. Elle n’a pas du tout été repoussée par l’aspect un peu bizarre de sa soeur, qui avait été essuyée sommairement et qui, bien sûr, n’a pas subi le traitement de choc que subissent la plupart des enfants qui naissent en maternité : lavage, désobstructions et administration de substances médicamenteuses…

Le temps de pratiquer la délivrance et de remettre un peu d’ordre, la grande est remontée avec sa grand-mère.
Puis chacun est reparti chez soi. Mamie, notre sage-femme … Et nous étions tous les quatre à savourer notre bonheur.

La grande, qui va bientôt fêter ses trois ans, n’a manifesté aucune jalousie ou attitude ambiguë vis-à-vis de sa soeur. Elle est très responsable avec sa petite soeur et tous les jours son comportement témoigne de l’amour qu’elle lui porte. Et vraiment, je pense que le fait que nous soyons restés à la maison n’y est pas étranger, (ou, en tout cas, a permis une rencontre immédiate qui a facilité la suite).

Le témoignage de Marlene

Tout a commencé en novembre 1991 ; enceinte de mon premier garçon je me rends chez mon médecin en lui annonçant que je souhaitais accoucher chez moi. Alors là ! La réaction de mon médecin (une femme pourtant ; on pourait croire qu’elles comprennent mieux que les hommes) aurait pu me faire abbandonner mon plan pour toujours . ” Vous etes devenue folle ? ” ” Vous vous rendez compte ; tous ces nouveaux-nés morts à cause des accouchements à domicile ?!” “Ca c’est quelquechose d’avant ; on a progressé depuis, on ne le fait plus en France “. Bon, bref, elle a tout fait pour me décourager. Mais elle n’a pas réussi…

Grâçe à l’association ” Naître Autrement”, je reçois des adresses de sage-femmes libérales. C’etait toute une recherche pourtant, car peu de personnes savent qu’on peut toujours accoucher à domicile a cette époque de vie rapide et stressante.

Je trouve Mireille à Saintes.Une ville à 60 km. de chez nous. Elle accepte et je vais la voir pour les visites. Quelle découverte que ce existe ; ce sont des rendez-vous de bonheur, de calme, de yoga, de relaxation, de temps passé à chercher le contact en travers la peau de mon ventre avec ce bébé.J e ne suis pas la patiente numéro ” je-ne-sais-pas-combien”, mais une personne qui va faire partie de ce clan qui,-au lieu d’accoucher à la chaîne dans une position et une date programmées, veut un histoire unique et personelle, au rythme de l’enfant.

Le 30 juillet, Florian est né, très tôt dans la matinée (heureusement, car on habitait sur l’île d’Oléron à ce moment là et c’est un lieu très touristique et des fois difficilement accessible car il y a un seul pont pour y aller). Ce fut un accouchement en sérénité, calme et bonheur. On dormait tous les trois dans le grand lit et on se sentait tous fiers de cet événement. Mireille est venue plusieurs jours de suite pour bébé et moi. Ensuite on a coupé aussi ce cordon invisible entre l’accoucheur et l’accouchée.

Mais pas pour longtemps…

En avril 1993, j’avais à nouveau besoin de Mireille; j’attendais un nouveau bébé. La date prévue de l’accouchement eétait fin décembre. Ce fois ci, elle était là aussi; pourtant c’etait le soir du 25 décembre. Elle avait laissée son repas de Noël et sa famille pour venir nous assister.

Il y avait des bougies partout , la cheminée était allumée et moi j’avais mes pieds dans le sapin. Elle était à la fois discrète et présente, mais tres rassurante. Notre Tim est né pendant que j’etais accroupie entre les jambes de mon mari, qui pouvait ainsi m’encourager avec sa bouche près de mon oreille.

C’etait à nouveau le bonheur total. Même suivi et même résultat ; bébé et maman tranquille dans leur environnement naturel.

Quand en 1995 je tombait à nouveau enceinte, on a eu plus de mal à trouver une sage-femme partante car entretemps on avait déménagé. Finalement on a trouvé Véronique à St.Brieuc, à 300 km… C’est sûr c’était tres loin, mais c’est sûr aussi que je n’avais pas envie de me laisser prendre cette partie de très grand plaisir de pouvoir accoucher en toute liberté. C’est mon corps; c’est moi qui décide. On a été bien suivi et on a pris le risque.

Véro est venue 3 fois pour ” rien”; les contractions s’arrêtaient quand elle était là! Alors elle nous avait préparé des pinces et une paire de ciseaux, “au cas où”. Et voilà, Manon a voulu venir seule, le 6 mai 1996 à 19h50. Véro arrivait une heure plus tard.

C’est le papa qui a fait naître sa fille. Bien sûr, Véro était déçue et bien sûr on n’avait pas souhaité faire ainsi, mais c’était quand même une aventure très spéciale. On était tres calme et ça c’est très bien passé. On était sur un nuage…

Ca fait donc trois. Maintenant on envisage un 4ème, ou -mieux- on tente le coup déja. Cette fois çi je me sens plus coinçée.

On est revenu à l’endroit du début de mon histoire mais, entretemps, Mireille a été obligée de cesser son activité, peu rentable, surtout si les collègues de l’hôpital où elle travaillait à la maternité ne lui renvoient pas les femmes qui souhaitent accoucher chez elles. Finalement c’est tres façile de repondre que l’accouchement à domicile n’exciste plus en France…

Et puis Mireille, ne travaille plus à la maternité, mais en gérontologie. Ce n’est pas elle qui a voulu changer de service, pas du tout, elle adore ces débuts de la vie, l’espoir, le bonheur. Non, c’est au moment qu’il y avait une personne en trop à la maternité que ses collègues ont toutes voté pour que ce soit Mireille qui parte ; de toute façon elle n’a pas les mêmes idées qu’eux…

C’est une femme formidable, je regrette beaucoup pour elle. Les accouchements ont été beaucoup trop médicalisés. Ce qu’on a gagné, je ne sais pas, mais je sais ce qu’on a perdu.

Le témoignage de Juliette

En 2 mots, j’ai choisi d’accoucher à domicile surtout parce qu’à Grenoble il n’y a pas de structures intermédiaires style “maison de naissance”, mais uniquement des maternités publiques ou privées avec des protocoles assez ou très stricts. Et que j’ai été très mal accueillie dans l’une d’elle pour ma première consultation de grossesse : j’avais beaucoup de questions et n’ai pas pu en poser une seule; ça a duré dix minutes maximum et puis “Prenez rendez-vous avec ma secrétaire pour dans 1 mois, Au revoir Madame”. Quelle déception !

J’ai alors feuilleté l’annuaire et vu qu’il y a avait une sage-femme exerçant en libéral près de chez moi. Je ne la connaissais pas du tout et n’en avais jamais entendu parler. J’ai pris rendez-vous, et là, j’ai trouvé une femme attentive, à l’écoute et qui m’a accueillie dans un espèce de petit salon, plutôt que sur une table d’examen. J’étais une future mère,curieuse de tout sur cette grossesse, plutôt que juste un utérus gravide.Voilà, le courant est vite passé. Elle m’a parlé de cette pratique d’accouchement à domicile, sans jamais insister mais en dénonçant simplement l’hypermédicalisation dans les maternités.

L’idée a fait son chemin petit à petit au cours de la grossesse, d’abord moi puis mon ami. Je ne sais plus à partir de quand c’est devenu une évidence pour nous. Et puis le jour J est arrivé (un peu vite: 37 semaines + 3 jours, ouf), et notre puce est née, à notre rythme, en musique, dans sa maison, etc… Quelle joie et quel bonheur d’accueillir ce petit être en toute sérénité, au calme et sans violence. Les mots me manquent toujours pour décrire cette journée exceptionnelle et pour tout avouer certains souvenirs sont un peu flous (?). Les heures qui ont suivi la naissance, j’étais sur mon petit nuage et plus rien n’était rationnel. Je découvrais mon bébé de façon bestiale en la regardant, la touchant, la sentant (ah cette odeur de nouveau-né!), la caressant et en admirant sa capacité a téter.

Je ne peux pas comparer avec une maternité, mais le fait de vivre les jours suivants chez moi, en toute intimité, en mangeant dans ma cuisine, en allaitant ma fille où je voulais, en me lavant et en redécouvrant mon nouveau corps dans ma salle de bains…m’a bien plu. Mon ami avait pris trois semaines de congés (presque pas en été) pour s’occuper de la maison et c’était vraiment nécessaire. Il était très fatigué aussi par toutes ces tâches ménagères, aide sage-femme, bébé qui a faim la nuit… mais il en garde un très beau souvenir. On a mangé pas mal de surgelés/ plats tout prêts à cette époque, et alors?

La sage-femme est venue tous les jours pendant 12 jours (pour moi et le bébé) et un peu moins souvent après (pour le bébé, la loi est comme ça), mais aucune aide ménagère n’est prévue en France. Quant aux visites, les gens ont été très polis dans l’ensemble. Ils sont venus un peu plus tard que si j’avais été à la maternité. Le plus beau cadeau a été un repas préparé par des amis chez nous, 5 jours après la naissance: ils avaient tout apporté. Il faut dire qu’on avait réservé ce samedi depuis longtemps et qu’on ne pensait pas être 3 ce jour là! On est très heureux de la façon dont cet accouchement s’est passé, et on essaiera de faire pareil pour le prochain!

Le témoignage de Claudine

Au départ, je savais que cette formule existait, mais n’osais pas y penser sérieusement, comme si c’était quelque chose qui ne puisse être à ma portée. Puis, par hasard (le hasard existe t-il vraiment ? parfois, j’ai l’impression d’avoir été “téléguidée” d’en haut par des fils invisibles qui m’ont conduite à accoucher chez moi), je suis tombée sur un article de M. Dogna sur la surmédicalisation des accouchements. J’étais horrifiée! Episiotomies, rasage du pubis, monitoring, péridurale, absence de toute relation humaine… pour la mère; bruits, lumières violentes, section rapide du cordon obligeant le bébé à adopter sans aucune transition la respiration pulmonaire, examens en tous genres pour ce petit être pas si tôt projeté dans un monde inconnu…

Ainsi, je pense, surtout pour le bébé, mais aussi pour moi, j’ai mis en œuvre tout ce qui m’était possible pour ne pas vivre cette expérience contre nature, et vivre la mise au monde de mon enfant le plus naturellement, simplement et sereinement possible. Et quand on cherche… on trouve! Je suis dans une région de France (la région niçoise) qui n’est absolument pas ouverte à ce genre d’approche, mais pensais trouver au moins une sage-femme pour m’aider. De coups de fils en coups de fils, j’ai fini par trouver une femme, médecin généraliste, extraordinaire, avec une force de caractère rare et un grand courage pour exercer sans masque dans ce monde médical qui n’attend d’elle qu’un faux pas, un accident, pour lui tomber dessus.

Comme préparation, elle m’a demandé, dès le début qu’elle m’a suivie, de me nourrir principalement d’aliments crus, en grande partie de fruits frais (sans bien sûr négliger les protéines et tout ce qui fait une alimentation complète!). Le tout était de détoxiner un maximum son organisme pour que le corps ait un maximum d’énergie le jour J, et pas de prise de poids superflue, et pour la mère, et pour le bébé. Je m’y suis mise, au début un peu malgré moi, puis de plus en plus enthousiaste. A l’examen radio, il a été révélé un bassin “limite”, c’est à dire un peu étroit. Je suis sûre que si j’avais accouché par la voie médicale classique, j’aurais mangé certainement différemment, pris plus de poids ainsi que le bébé, et aurais fini par avoir une césarienne. Or là, il n’y a eu aucun problème malgré un certain risque au départ, mais j’ai toujours gardé confiance, convaincue que c’était de cette manière qu’il fallait que j’accouche. Je suis sûre également que le psychisme joue un grand rôle dans le déroulement d’un accouchement: les peurs, les interdits, etc…

Aujourd’hui, ma petite fille a 10 mois et je garde de cet accouchement une image enchantée, lumineuse. C’est une expérience forte ancrée en moi comme quelque chose d’un peu initiatique, une victoire glorieuse et joyeuse. Quand j’ai senti que j’allais bientôt accoucher, j’ai appelé F., mon médecin (que je tutoie, comme une sœur). Dans une chambre, j’avais préparé un matelas par terre avec une alèse, ainsi qu’une structure en fer (appareil de gymnastique) pour m’y pendre pendant les contractions pour pousser, si besoin était, mais ne m’en suis pas servie. Je me suis livrée entièrement à mon ressenti, et ai crié tout mon saoul dans de longs râles profonds pendant les contractions de la dilatation du col, me faisant par moments l’impression de régresser à mon état animal. Je me sentais en sécurité et bien entourée, avec mon mari et F., qui était d’un calme à toute épreuve,sereine et totalement détendue. Quand est venu le moment de pousser, mon mari, situé derrière moi me relevait par dessous les bras pendant les contractions, et je me trouvais donc accroupie.

C’était en plein après midi, un jour de printemps. Nous avions tiré les rideaux blancs pour diminuer l’intensité de la lumière et la tamiser un peu,et avions allumé des bougies, comme en attente d’un événement sacré. Quand ma fille est arrivée, F. l’a posée sur mon ventre et aidée à trouver mon sein. Elle m’a libérée du placenta et, tout allant bien, est sortie de la chambre discrètement, nous laissant seuls avec notre joie. A ce moment, je me souviens qu’un train est passé dehors, et comme le silence régnait partout alentours, Santine l’a capté et le cherchait du regard. Nous chuchotions. Mon mari a versé quelques larmes silencieuses, nous nous sommes embrassés, Santine tétait déjà bien! Un quart d’heure plus tard, F. est revenue pour voir si tout allait bien.

Elle ne lui a pas fait toute une série d’examens, ne l’a ni pesée, ni mesurée, et toutes ces choses inutiles. Elle a dit que nous le ferions lors de la première visite, dans une semaine. Le cordon a été coupé au bout de trois quarts d’heure. Puis F. m’a dit : “quand tu te sentiras, si vous voulez, vous pourrez aller prendre un bain”. Elle est allée me le faire couler. Le trajet jusqu’à la salle de bains a été impressionnant, parce que j’ai cru que je partais, la tête me tournait terriblement. Mon mari m’a portée dans ses bras et mise dans la baignoire, et F. m’a mis Santine sur le ventre, dans l’eau tiède, en ayant pris le soin de tamiser la lumière pour ne pas l’agresser. Elle a encore continué à téter. Ensuite, c’était le soir et après nous avoir séchées et habillées toutes les deux pour la nuit, on nous a amenées au lit. Santine a dormi entre nous deux. F. est repartie chez elle dans sa voiture blanche, après avoir dit que l’atmosphère de cet accouchement avait été belle et douce. Elle est revenue tous les jours suivants pendant une semaine, parfois avec sa fille de 4 ans qui jouait avec Titus, notre chien, et habituée aux nombreux bébés accouchés par sa mère.

Voilà, notre première nuit à trois était passée, en toute intimité. Tout s’était passé avec une simplicité et un naturel inouïs. Nous nous sommes gardés trois jours pour nous retrouver, goûter le plus profondément possible à ce sentiment que quelque chose de sacré venait de nous arriver, et nous resituer émotionnellement tous les trois, avant de recevoir les visites. Ensuite, je pense que j’étais si heureuse que mon enthousiasme débordait, et je racontais tout, même à ceux qui ne demandaient rien, gênés par cette manière de faire un peu inhabituelle. Et je pense que finalement, cette spontanéité dans le partage a fait tomber pas mal de barrières et d’a priori, et un vrai dialogue a souvent pu s’instaurer.

Aujourd’hui, Santine a 10 mois, et c’est une enfant particulièrement calme et facile, elle est confiante et ne pleure pratiquement jamais, et je pense que la manière dont elle a fait connaissance avec le monde y est pour quelque chose.

Je voulais dire aussi une chose: même si, au niveau financier, tout n’est pas pris en charge, j’ai tout de même été remboursée au 3/4 de ce que j’avais payé, avec une bonne mutuelle. Mais quoi qu’il en soit, quand bien même je devrais tout payer de ma poche, je referais tout pareil. Tout simplement parce que c’est une expérience qui n’a pas de prix. Voilà, je vous ai raconté une tranche de bonheur, j’espère pas trop longuement…!

le rôle des sages femmes
Choisir son accouchement